jeu 04/06/2026 - 07:34

« Même dans l’humanitaire, de nombreuses personnes ne savent pas vraiment ce qu’est la protection. Cela reste flou pour beaucoup. »

Ruvendrini Menikdiwela a rejoint le HCR l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés juste après ses études de droit à Paris, sans véritable connaissance des enjeux liés aux réfugiés. C’était en 1989. Aujourd’hui, elle occupe le poste de Haut-Commissaire adjointe pour la protection, une fonction clé au sein du HCR.

Nous lui avons posé une question simple, mais essentielle, y compris pour de nombreux professionnels du secteur : qu’entend-on réellement par « protection » ?

Quand on parle de « protection », de quoi s’agit-il concrètement ?

« On imagine souvent une équipe de juristes réunis autour d’une table, en train de débattre d’un détail de texte. Mais ce n'est pas ça, la protection.

La protection, c’est lorsqu’un collaborateur du HCR rencontre un gouvernement et lui dit : il y a 100’000 personnes réfugiées à votre frontière. Nous savons que votre économie est fragile, que vous devez déjà répondre aux besoins de votre population. Mais ces personnes fuient des conflits, des violences, des persécutions. Elles doivent être admises, et nous vous soutiendrons, politiquement et financièrement, pour y parvenir.

Voilà ce qu’est la protection.

Elle repose sur un principe fondamental appelé le non-refoulement, un terme juridique qui signifie simplement : on ne peut pas renvoyer une personne vers un pays où sa vie ou sa liberté seraient menacées. C’est la base. Tout le reste en découle. »

Une fois admises, que se passe-t-il ensuite ?

« Tout part de là. Une fois sur le territoire, la prochaine question est : ces personnes sont-elles reconnues comme réfugiées ?

Dans des situations de grande ampleur, comme pour les 800’000 Soudanais arrivés au Tchad, ou les Ukrainiens en Europe, on parle de reconnaissance collective. On sait qu’ils fuient la guerre.

Dans des pays comme la Suisse, où environ 25’000 demandes d’asile sont actuellement examinées, chaque situation est plutôt étudiée individuellement.

Fuient-ils un conflit, des violences, des persécutions ? Cela est-il lié à leur origine, leur religion, leur nationalité, leurs opinions politiques ou leur appartenance à un groupe social ? Dans certains pays, les personnes LGBTQI+ sont également persécutées.

Dans ces cas, il ne s’agit pas de “décider” : il s’agit de reconnaître qu’une personne est réfugiée. Et cette reconnaissance change tout. »

Ruven Menikdiwela, Haute-Commissaire adjointe du HCR pour la protection

« La protection n’est pas une notion légale abstraite ou technique. C'est ce qui affecte le quotidien de tous : l’accès aux choses les plus élémentaires, ce que vous et moi tenons pour acquis. »

Sur le terrain, qu’est-ce que cela signifie concrètement ?

« Une fois reconnue comme réfugiée, une personne doit pouvoir accéder à ce que nous considérons comme acquis : un toit, de quoi se nourrir, une école pour ses enfants, des soins en cas de maladie.

Je me trouvais récemment au Burundi. Le pays a accueilli plus de 100’000 personnes réfugiées originaires de la République démocratique du Congo depuis décembre. Un petit pays, à l’économie fragile, et pourtant, ses frontières sont restées ouvertes.

Sur place, 64 % des personnes arrivées vivaient encore sous des bâches en plastique. Il pleuvait, le sol était devenu de la boue. Une épidémie de choléra avait éclaté quelques semaines plus tôt. Ces familles avaient fui avec presque rien.

S’assurer qu’elles ne meurent pas de pneumonie ou du choléra. Identifier les enfants non accompagnés ils représentaient 60 % des personnes présentes  et veiller à leur protection. C’est cela, la protection dans sa forme la plus essentielle.

C’est un travail urgent. Et aujourd’hui, dans beaucoup trop de situations, les financements manquent pour y répondre correctement. »

« La protection est toujours le premier pas vers une solution. Sans elle, rien n’est possible. »

Pourquoi la protection est-elle si déterminante à long terme ?

« Parce que tout commence par là. 

En Suisse ou ailleurs, le parcours d’une personne réfugiée peut mener à un permis de séjour, à un emploi, voire à la nationalité. 

Mais rien de tout cela n’est possible sans protection au départ : être admis sur le territoire, voir son statut reconnu, accéder aux services essentiels en attendant une solution durable. 

Une fois ces étapes franchies, nous avons accompli l’essentiel de notre mission. » 

Ruvendrini Menikdiwela visits a house built from eco-bricks in the Telega camp for displaced people in the DRC
Displacement camp in Nigeria housing people from the region who have been forced to flee violent attacks
In Ethiopia, South Sudanese refugees are facing difficult conditions following heavy rains
Ruvendrini Menikdiwela, UNHCR Assistant High Commissioner for Protection, visited the Mbala camp for internally displaced people
UNHCR has urgently delivered humanitarian aid to Rohingya refugees following catastrophic flooding
Ruvendrini Menikdiwela, UNHCR Assistant High Commissioner for Protection, visited the Bushagara displacement site in the DRC
Site built with support from UNHCR in the Bushagara camp for internally displaced people in the Democratic Republic of the Congo
UNHCR has delivered humanitarian aid to Puerto Esperanza in the Peruvian Amazon following heavy rains and river flooding
Ruvendrini Menikdiwela, UNHCR Assistant High Commissioner for Protection

Questions fréquentes sur la protection des réfugiés

Que fait le HCR pour les personnes réfugiées ?

Le HCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, protège les personnes forcées de fuir leur foyer en raison de conflits, de persécutions ou de violences. Cela comprend l’accès à l’asile, la reconnaissance du statut de réfugié ainsi que l’accès à la nourriture, à un abri, aux soins de santé et à l’éducation.

Qu’est-ce que le non-refoulement ?

Le non-refoulement est un principe fondamental du droit international. Il interdit de renvoyer une personne vers un pays où sa vie ou sa liberté seraient menacées.

Quelle différence entre une personne requérante d’asile et une personne réfugiée ?

Une personne requérante d’asile a déposé une demande de protection internationale, qui est en cours d’examen. Une personne réfugiée est reconnue comme telle au sens du droit international. Dans les deux cas, la protection est essentielle.

Quel rôle joue le HCR en Suisse ?

Le HCR suit le système d’asile suisse, plaide pour des procédures équitables, soutient l’intégration des personnes réfugiées et collabore avec les autorités et la société civile pour garantir le respect des standards internationaux.