lun 23/02/2026 - 12:59

Ulyana Shutska se souvient de cette course dans l'escalier. Les bombardements se rapprochaient d'Avdiivka. Dans sa précipitation pour rejoindre l'abri, elle a chuté, se brisant la jambe. Un mois et demi d'hospitalisation plus tard, sa ville natale de la région de Donetsk était occupée. Impossible de rentrer désormais. Ses documents d'identité ? Restés dans sa maison, inaccessibles.

Alors que le conflit armé international en Ukraine marque ses quatre ans ce mois de février 2026, l'histoire d'Ulyana résonne avec celle de dizaines de milliers de personnes déplacées. Car au-delà du toit perdu, des proches dispersés et des souvenirs abandonnés, c'est parfois l'identité elle-même qui disparaît pour les personnes forcées de fuir.

128’000
de personnes ayant reçu des matériaux d'urgence pour protéger leurs maisons endommagées en 2025
1,1 millions
de services fournis aux personnes déplacées par le HCR et ses partenaires en 2025 (logement, nourriture, médicaments, vêtements, chauffage)
5,9 millions
de personnes réfugiées
3,7 millions
de personnes déplacées à l’intérieur de l’Ukraine
Ulyana, déplacée ukrainienne, recevant de l'aide légale par un partenaire du HCR

Quand les documents d’identité manquent, tout se complexifie

« Sans documents, vous n'êtes rien », confie Ulyana avec une simplicité désarmante. Pendant deux ans, cette ancienne cuisinière a vécu les conséquences de l'invisibilité administrative. Impossible d'obtenir un billet de train, d'ouvrir un compte bancaire, de recevoir les allocations de l'État, ou même de recevoir de l’assistance comme des vêtements chauds auprès d'organisations, qui demandaient un document d’identité.

À Dnipro, où elle a finalement trouvé refuge près de proches ayant fui avant elle, Ulyana a découvert l'existence de Right to Protection, l'un des partenaires locaux du HCR. C'est là qu'une aide juridique gratuite lui a été proposée. « Ils m'ont accompagnée dans toutes les démarches auprès du service de migration et des services fiscaux », explique-t-elle.

« Les documents sont la chose la plus importante. Sans eux, vous n'avez accès à presque aucune forme de soutien. » — Ulyana Shutska

La protection juridique, un pilier invisible

Le travail du HCR en Ukraine ne se limite pas à distribuer des couvertures ou à réparer des maisons – aussi essentiels soient-ils. La protection juridique constitue un pilier fondamental de l'intervention humanitaire, car elle détermine l'accès à tous les autres droits.

Sans identité légale, la vie des personnes déplacées devient beaucoup plus compliquée, du simple geste qu'est acheter un billet de train à la possibilité de travailler légalement. Elles deviennent vulnérables à l'exploitation, à la traite, à la marginalisation. Les équipes du HCR et ses partenaires sont présentes dans les centres de transit, les sites d'évacuation temporaire et les centres collectifs à travers tout le pays pour aider les personnes forcées de fuir dans ce processus administratif.

Avec ses nouveaux documents en poche, Ulyana peut désormais envisager l'hiver différemment. « Grâce à ces papiers, je pourrai bénéficier d'autres formes d'aide et de programmes en espèces, puis acheter un chauffage, des vêtements chauds et davantage de couvertures », dit-elle. Dans le dortoir mal isolé où elle vit, la température chute dangereusement durant les mois d’hiver.

UNHCR giving legal assistance in Ukraine

Qu’est-ce que la protection, mandat du HCR?

La protection assurée par le HCR va bien au-delà de l'aide matérielle. Elle garantit que les droits fondamentaux des personnes réfugiées et déplacées sont respectés, en leur assurant un accès à l'asile et en empêchant tout renvoi forcé vers le danger. Cette protection inclut l'assistance juridique – comme l'aide à l'obtention de documents d'identité –, la sécurité physique des groupes vulnérables, et la réponse aux besoins essentiels comme le logement et les soins de santé. Le HCR plaide également auprès des gouvernements pour renforcer les lois protégeant les personnes déplacées et travaille à trouver des solutions durables : retour volontaire, intégration locale ou réinstallation dans un pays tiers. 

Maisons en Ukraine détruites par les attaques aériennes russes

Une situation qui ne s’apaise pas après quatre ans

L'histoire d'Ulyana s'inscrit dans une réalité qui ne faiblit pas. Les attaques aériennes se poursuivent presque quotidiennement, frappant aussi bien les zones de première ligne que les villes de l'ouest du pays. En novembre dernier, l'attaque de Ternopil a tué au moins 38 civils – l'incident le plus meurtrier en Ukraine occidentale (territoires de l’Ouest de l’Ukraine) depuis le début de l’invasion russe.

Les évacuations forcées s'intensifient. Les combats qui se rapprochent, les infrastructures détruites, les hivers rigoureux sans électricité ni chauffage : autant de raisons qui poussent les familles à fuir, souvent dans l'urgence. Beaucoup arrivent dans les centres de transit avec pour seuls bagages les vêtements qu'elles portent. Et parfois, comme Ulyana, sans la moindre preuve de leur identité.

« Je suis reconnaissante que vous souteniez des gens comme moi : merci. » — Ulyana Shutska

Reconstruire, un document à la fois

Lorsqu'Ulyana évoque son parcours, elle ne dramatise pas. Elle raconte simplement les obstacles quotidiens, la patience nécessaire, et cette gratitude sincère envers ceux qui l'ont aidée à redevenir « quelqu'un ». Car au fond, c'est bien de cela qu'il s'agit : de dignité retrouvée.

Le travail de protection juridique mené par le HCR et ses partenaires comme Right to Protection ou Proliska – lauréate européenne du prix Nansen 2025 – ne fait pas la une des journaux. Il ne génère pas d'images spectaculaires. Mais il change concrètement le cours des vies.

Aujourd'hui, Ulyana a reçu sa carte d'identité définitive. Elle a enfin pu ouvrir un compte bancaire, recevoir des allocations, retrouver un semblant de vie normale. L'hiver a été rude, mais elle n’est plus invisible.

Dans un conflit armé international qui dure depuis quatre ans, où l'épuisement guette autant les populations que la communauté internationale, ces histoires de résilience discrète rappellent pourquoi le soutien doit se poursuivre. Parce que chaque personne mérite d'exister – légalement, dignement, pleinement.

FAQ sur la situation en Ukraine et le travail du HCR

Pourquoi les documents d'identité sont-ils si importants pour les personnes déplacées ?

Sans papiers officiels, les personnes déplacées ne peuvent accéder ni aux aides de l'État sans compte en banque, ni à certains programmes d'assistance humanitaire, ni à certains services de base comme la santé ou l'éducation

Comment le HCR aide-t-il les personnes sans documents en Ukraine ?

Le HCR travaille avec des partenaires locaux pour offrir une assistance juridique gratuite : accompagnement dans les démarches administratives, aide pour reconstituer les documents perdus, conseil juridique pour accéder aux droits. Cette aide est disponible dans les centres de transit et les sites d'accueil à travers le pays.

Combien de personnes ont fui leur foyer en Ukraine ?

Des millions de personnes restent déplacées à l'intérieur de l'Ukraine. Rien qu'entre janvier et novembre 2025, près de 80’000 personnes sont arrivées dans des centres de transit, fuyant les zones de combat qui s'intensifient. À l’intérieur du pays, 3,7 millions de personnes sont déplacées alors que 5,9 millions de personnes sont réfugiées dans d’autres pays.

Que fait le HCR en plus de l'aide juridique ?

Le HCR répond aux besoins d'urgence après les attaques (abris, aide psychosociale, argent liquide), répare les maisons endommagées, fournit des biens essentiels pour l'hiver, et soutient les infrastructures accueillant les personnes vulnérables dans les zones de première ligne.